La forêt qui court
Jun 10, 2026
Samedi 6 juin 2026, quelque part dans le Jura
Ça fait au moins 8h que je cours. Peut-être 10. Forêt dense, rochers moussus, renards furtifs. À un moment, je réalise que quelque chose a changé en moi. Je ne sais pas quand exactement. Le bruit intérieur de mon mental — la négociation permanente, le calcul, le doute — s'est tu. Je ne regarde plus la montre. Je ne compte plus les kilomètres.
Mon champ perceptif s'est transformé : sphère et tunnel à la fois, ouverture totale et focalisation extrême. Mais ce n'est pas que je perçoive différemment. C'est qu'il n'y a plus de barrière entre moi qui perçois et ce qui m'entoure. Plus de frontière. Je ne cours plus dans la forêt. Je suis la forêt-qui-court. Je suis traversée, transhumance, je suis migration. Il n’y a plus d’espace ni de temps ; il n’y a plus que du mouvement, et je suis ce mouvement. Un mouvement qui n’est pas déplacement, mais pure expression de vie.
Il me restait 6h à courir, 6h pour boucler cette course de 65 km et presque 3000 m de dénivelé pour laquelle je me préparais depuis des mois. Pas pour la performance sportive – je suis plutôt lent ! - mais pour aller chercher cet état de transe dont beaucoup de coureurs longue distance témoignent. Car oui, c’est bien de transe dont il s’agit, dans laquelle ma conscience a basculé à l’occasion de cet effort au long cours. Comme l’a montré Brigitte Chavas dans son dernier ouvrage « En quête de transe », les états élargis de conscience ne sont pas réservés aux cercles chamaniques, ou pratiques de méditation ou autres espaces jugés « sacrés » ou « thérapeutiques ». Ils peuvent survenir – et surviennent en réalité – dans une multitude de contextes, y compris des contextes jugés « profanes ».
Ce que la transe fait, au fond, c'est nous permettre de déposer les armes. La résistance, les projections, la distance protectrice entre soi et le monde — tout ça se dissout. Et dans cet espace dégagé, quelque chose d'autre devient possible : une rencontre avec ce qu'on ne contrôle pas, avec ce qui nous dépasse, avec une altérité qui finit par nous révéler à nous-mêmes.
Cette course m'a ramené à quelque chose d'essentiel — pas cognitivement, mais au plus intime de mon être : redécouvrir la dimension sacrée du sauvage et le caractère sauvage du sacré. Vitalité totale et indomptabilité.
Fort heureusement, il n’y a pas besoin de courir des heures pour expérimenter la transe ! Et si vous en sentez l’appel, vous trouverez les prochaines dates des séminaires de respiration holotropique sur le site holoniis.com
Bien chaleureusement,
Johann Henry
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