La venue de l'avenir : et si c'était maintenant?

transition évolution Mar 21, 2026

Il y a quelques semaines, j'ai vu La Venue de l'avenir, le dernier film de Cédric Klapisch. J'ai été très touché et le film continue de travailler en moi depuis.

Le film fait dialoguer deux époques : 1895 et aujourd'hui. D'un côté, Paris en pleine ébullition — la photographie qui naît, l'impressionnisme qui fracasse les académismes, les premières projections cinématographiques, Zola, les anarchistes, les féministes des premiers cercles, une énergie du monde qui semble sur le point de basculer vers quelque chose d'inédit. De l'autre, quatre cousins en 2025 qui fouillent une vieille maison normande et tentent de recomposer la vie de leur ancêtre Adèle.

Ce que Klapisch réussit, avec une délicatesse rare, c'est de nous faire sentir ce que devait être ce moment — ce vertige d'être à l'orée d'une ère nouvelle. Ces gens de 1895 ne savaient pas ce qui allait arriver. Ils ne savaient pas que le siècle suivant serait celui de la psychanalyse et du cinéma, des antibiotiques et de la sécurité sociale, des droits civiques et de la marche sur la Lune — autant de conquêtes réelles, profondes, irréversibles. Ils ne savaient pas non plus que ce même siècle serait celui de Verdun, d'Auschwitz, d'Hiroshima. Que l'élan prométhéen du progrès porterait en lui, simultanément, les conditions de l'émancipation humaine et celles de la destruction industrielle du vivant.

Ils regardaient vers l'avenir avec des yeux mêlant espoir et inquiétude. L'avenir, lui, ne leur disait rien de ce qu'il réservait — ni le meilleur, ni le pire.

Je ne crois pas à une comparaison paresseuse entre les époques. Mais quelque chose dans ce film a fait résonner en moi une reconnaissance profonde — presque physique. Ce crépitement que Klapisch filme dans le Paris de 1895 : les ateliers qui expérimentent, les cercles qui débattent toute la nuit, les corps qui apprennent de nouveaux langages, les esprits qui sentent que quelque chose d'inédit est en train de vouloir naître à travers eux — je le reconnais. Pas comme un souvenir, mais comme quelque chose de tout à fait actuel, présent. Quelque chose que je perçois, semaine après semaine, dans les espaces où je travaille et chez les êtres que je rencontre.

Il y a une prodigieuse poussée évolutionnaire à l'œuvre actuellement. Discrète, souterraine, mais réelle. Des formes nouvelles de gouvernance et de lien, un féminin et un masculin qui cherchent enfin à se rencontrer autrement, un retour au vivant et au corps, une spiritualité qui n'a plus besoin de dogme pour être profonde et puissante, de nouvelles formes d'éducation, de solidarité, de créativité — autant de bourgeons qui s'ouvrent, souvent sans se connaître, et souvent sans faire de bruit.

Ce bruit silencieux — ce crépitement d'éclosions — c'est l'une des choses les plus précieuses que je connaisse. L'entendre, le garder vivant, le laisser résonner : c'est devenu pour moi une forme de pratique quasi quotidienne. Car il peut si facilement être couvert — par le fracas des bombes, par le flux continu de mauvaises nouvelles, par mes propres angoisses et découragements. Mais il est là, têtu, irréductible, vivant. Et les êtres qui le portent existent, partout — bien plus nombreux, bien plus ardents qu'on ne l'imaginerait à ne regarder que nos écrans. Je les rencontre. Vous en faites sans doute partie.

* * *

Il y a une scène, à la fin du film, qui m'a particulièrement touché.Les personnages de 1895 contemplent Paris essentiellement plongée dans l’obscurité quand soudain, une avenue de Paris s’illumine. L'électricité arrive, annonçant l’arrivée progressive, mais massive, de la lumière dans toutes les villes, dans tous les foyers

Cette image a eu un impact extrêmement puissant sur moi.

Je me suis demandé : qu'est-ce qui a besoin d'être électrifié aujourd'hui ? Qu'est-ce qui existe déjà — des idées, des pratiques, des êtres, des liens — mais qui attend encore que quelque chose s'allume pour devenir visible, pour devenir possible à plus grande échelle ?

Peut-être les émergences dont je parlais plus haut. Peut-être certaines conversations que nous avons en nous, que nous n'avons pas encore osé tenir. Peut-être des formes de vie collective, d'accompagnement, de création, qui cherchent leurs porteurs.

Adèle, dans le film, ne savait pas dans quel monde elle laissait ses traces. Elle vivait, créait, choisissait — dans l'incertitude totale sur ce que tout cela deviendrait. Et pourtant, ses traces ont traversé. Jusqu'à nous.

La question n'est pas : l'avenir sera-t-il beau ou terrible ? Les deux, sans doute, comme toujours. La question est : qu'est-ce que nous choisissons d'électrifier, d’illuminer, maintenant, avec ce que nous avons en main ?

Johann Henry

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